


Réaliser le programme d’une saison, cela dure environ une demi-heure. Même si cela peut prendre l’année entière. A moins que cela ne soit le produit de toute une vie.
Cette programmation est totalement poétique, véritablement irrationnelle, et très soigneusement calculée. De très essentiels équilibres sont visibles, d’autres arguments se cachent insidieusement.
Ce qu’il faut savoir, c’est que nous avons veillé à y introduire "de nouveaux amis" comme Christophe Haleb, Angélique Clairand, Onstap. Que vous y retrouverez quelques amis très sûrs comme Joël Pommerat, Maguy Marin, François Cervantès, Joël Jouanneau, ou encore Jean Lambert-wild. Qu’il faudra parfois remonter plus loin la rivière du temps pour retrouver les marques de Marc Perrone, Pierre Pradinas ou François Verret. Que c’est parfois le destin qui vous rappelle l’inoubliable, telle la toujours si fraîche Sinfonia Eroïca de Michèle Anne De Mey, 18 ans après avoir été présentée sur ce même plateau dans sa distribution originelle…
Mais pour fêter avec éclat le quart de siècle de la Scène nationale de Cavaillon, née au 20ème siècle et résolument inscrite dans le 21ème, il fallait au moins encore une fois la trace indélébile du génie de Jean-Luc Lagarce. Avec La Cantatrice chauve, ce sera la 8ème visite en 15 ans de cet auteur, metteur en scène et comédien, désormais hors du temps. Il n’a écrit que sur l’absence, mais quelle présence. Et quelle vitalité.
Il paraît que c’est la crise. Mondiale, totale, implacable. Peut-être cela donne-t-il raison à Brecht, qui écrivait dans Les arts et la révolution : "Aussi longtemps que nous ne pourrons vivre qu’en recherchant la bonne affaire, aussi longtemps que l’on dira "toi ou moi" et non "toi et moi", aussi longtemps qu’il s’agira non de progresser mais de devancer les autres, aussi longtemps il y aura la guerre. Aussi longtemps que le capitalisme existera, aussi longtemps la guerre existera".
Dans sa pièce Riesenbutzbach donnée cet été au Festival d’Avignon, Christoph Marthaler fait dire à l’un de ses personnages que l’argent est au chômage. Mais ils finiront par chanter tous ensemble : La vie est là, et seulement là, oh quel plaisir.
Il y a dans ce programme de nombreuses traces d’Humanité, des arrêts sur image sur l’Homme. Et si, pour résoudre la crise, il suffisait de remettre l’Homme à nouveau au cœur de l’univers ? Jamais, les lieux de culture n’ont été si fréquentés. L’Homme est en quête de ce qui fait sens. Sans doute les artistes peuvent-ils l’accompagner.
Cette saison est placée sous le signe de l’Homme, donc de l’amour.
Jean-Michel Gremillet